Bravo

Loin de moi l'idée de me prendre pour notre génial irlandais, mais, après une année avec vous, Priscillia Bunk, Robert Late, Walter Brown, Jo, Armande et Clémentine Weston, et en lisant cette lettre de Samuel Beckett, j'ai eu une révélation, comme la sensation un peu folle de vous avoir donné la vie, dans un temps et un espace bien particulier, certes, mais je vous ai vu vivant !

Les mots sont arrivés dans le brouillard, je ne sais pas du tout ce que j'ai voulu dire en dressant ces monologues comme de petites pièces montées, mais j'ai l'impression d'avoir fait une rencontre, à la frontière d'un univers partagé.

Merci Marie, Séverine, Julien, Kevin, Coline et Baptiste !

Merci d'avoir joué le jeu. Merci pour votre confiance incroyable et bravo à vous, car j'ai aussi l'intime conviction, que vous avez donné la vie, vous aussi... et rien n'est plus merveilleux...

LETTRE DE SAMUEL BECKETT À MICHEL POLAC, JANVIER 1952...


Je n'ai pas d'idées sur le théâtre. Je n'y connais rien. Je n'y vais pas. C'est admissible. Ce qui l'est sans doute moins, c'est d'abord, dans ces conditions, d'écrire une pièce, et ensuite, l'ayant fait, de ne pas avoir d'idées sur elle non plus. C'est malheureusement mon cas. Il n'est pas donné à tous de pouvoir passer du monde qui s'ouvre sous la page à celui des profits et pertes, et retour, imperturbable, comme entre le turbin et le Café du Commerce. Je ne sais pas plus sur cette pièce que celui qui arrive à la lire avec attention. Je ne sais pas dans quel esprit je l'ai écrite. Je ne sais pas plus sur les personnages que ce qu'ils disent, ce qu'ils font et ce qui leur arrive. De leur aspect j'ai dû indiquer le peu que j'ai pu entrevoir. Les chapeaux melon par exemple. Je ne sais pas qui est Godot. Je ne sais même pas, surtout pas, s'il existe. Et je ne sais pas s'ils y croient ou non, les deux qui l'attendent. Quant à vouloir trouver à tout cela un sens plus large et plus élevé, à emporter après le spectacle, avec le programme et les esquimaux, je suis incapable d'en voir l'intérêt. Mais ce doit être possible. Estragon, Vladimir, Pozzo, Lucky, leur temps et leur espace, je n'ai pu les connaître un peu que très loin du besoin de comprendre. Ils vous doivent des comptes peut-être. Qu'ils se débrouillent. Sans moi. Eux et moi nous sommes quittes.

Souvenir Bang Bang...